Pour la 1ère fois, après plusieurs années de forte croissance, le marché européen, et notamment le marché français des compléments alimentaires connaît une croissance plus modérée. On remarque un léger recul des volumes consommés, équilibré par une augmentation de la croissance en valeur. Ce nouveau contexte économique incite à être particulièrement vigilant lors du lancement d’un nouveau produit. De sa conception à sa promotion, chaque étape est à aborder avec la plus grande rigueur et de la méthodologie. Suivez le guide …

Le marché nutraceutique : une croissance à protéger

Le marché français des compléments alimentaires représente 1.9 milliards d’euros. Sa croissance en valeur reste légèrement positive (+1.3 %) grâce à la mise en marché de formulations de plus en plus qualitatives et complexes. De plus, l’émergence de nouveaux acteurs, positionnés sur le Clean Label et le Made in France entraînent ce développement continuel du marché.

Les laboratoires, qu’ils soient historiques ou nouvellement créés, font face à une forte pression concurrentielle, et doivent trouver les meilleures stratégies pour tirer leur épingle du jeu. Ces différents acteurs commercialisent plus de 10 000 références au sein des pharmacies, magasins spécialisés, GMS et parapharmacies, ainsi que via le e-commerce.

Étapes clés pour concevoir des compléments alimentaires

Pour se frayer une place au sein d’un marché des compléments alimentaires toujours plus étendu, coincé entre les géants des industries agro-alimentaires et pharmaceutiques, la conception d’un nouveau produit doit être soigneusement planifiée et anticipée. La création régulière de nouvelles références, l’adaptation permanente au marché et l’innovation très prisée du consommateur, nécessitent de fortes compétences techniques, scientifiques, mais également réglementaires.

 

La réglementation des compléments alimentaires

En effet, la réglementation n’ayant cessé d’évoluer au cours des 20 dernières années, le développement d’un complément alimentaire ne s’improvise plus. Le vide juridique des années 80 a laissé place à une législation particulièrement exigeante. On peut notamment citer :

En parallèle de ces complexifications, d’autres avancées réglementaires permettent, quant à elles, d’ouvrir le champ des possibles dans le domaine de la formulation. L’officialisation, en 2019, d’une liste positive d’huiles essentielles autorisées, selon l’ Article 15 dans les compléments alimentaires français, est une belle victoire pour le marché des Nutraceutiques. Le Synadiet a porté ce dossier auprès de la DGCCRF qui a permis cette concrétisation. 

Pour autant, d’autres chantiers réglementaires sont encore en cours de réflexion et limitent les opportunités de formulation. C’est notamment le cas des aspects sécuritaires liés à l’utilisation de certaines molécules actives (telles que la curcumine ou la berbérine) ou celui du CBD issu du Chanvre. À ce jour, cette molécule est considérée comme Novel Food par l’EFSA, depuis janvier 2019, et n’est toujours pas autorisée dans les nutraceutiques français.   

Le travail collaboratif des équipes marketing, R&D, process, réglementation et qualité doit donc permettre de créer des produits différenciants, efficaces, sûrs et cohérents scientifiquement. Ces produits doivent également satisfaire aux exigences techniques et économiques fixées par la stratégie de l’entreprise, ainsi qu’aux contraintes réglementaires en vigueur aux niveaux national et européen.

L’importance du cahier des charges de développement

Le cahier des charges de développement est un outil indispensable. Son objectif est de détailler l’origine du projet et d’expliciter, le plus précisément possible, les futures caractéristiques du produit à concevoir.

Chacun des items spécifiés dans ce document doit être minutieusement réfléchi, pesé et discuté lors de la phase de pré-projet. Ce travail de fond doit permettre d’acter les bases du projet et de limiter au maximum les modifications intempestives de formule ou de stratégie après que le développement a officiellement débuté.

L’équipe doit donc répondre aux questions suivantes :

  • Dans quel pays sera commercialisé le produit et par l’intermédiaire de quel circuit de distribution (pharmacie, parapharmacie, GMS, vente en ligne, …) ?
  • Quels seront le positionnement et l’utilisateur ciblés ?
  • Quels types d’ingrédients accepte-t-on, voire impose-t-on (matières premières d’origine biologique, vitamines d’origine naturelle, …) ?
  • À contrario, quels sont les ingrédients black-listés (additifs chimiques, arômes synthétiques, allergènes, nanomatériaux, …) ?
  • Quelle galénique et quel packaging (forme, matière) sont envisageables ?
  • Quel prix de vente prévoir et quel PRI (Prix de Revient Industriel) se fixer ?
  • Quelle communication utiliser (allégations) et quelles labellisations ou certifications demander (Bio) ?
  • Souhaite-t-on utiliser des ingrédients “génériques” ou au contraire privilégier des actifs objectivés par des études cliniques fournisseur ?

Pour répondre à l’ensemble de ces items, les équipes s’appuient sur les informations recueillies au cours de recherches et de travaux réalisés en amont :

  1. les études de marché permettent de bien appréhender les attentes et les besoins des consommateurs, les segments porteurs ou en décroissance, la saisonnalité des produits, la répartition des ventes par circuit de distribution;
  2. la veille technique, via les salons professionnels ou via les relations avec les fournisseurs, permet de rester informé des nouvelles matières premières ou galéniques, des opportunités de partenariats ou d’exclusivité;
  3. le suivi scientifique permet une mise à jour bibliographique des dernières données concernant les ingrédients ou les cibles physiologiques d’intérêt;
  4. la veille concurrentielle consiste à surveiller l’actualité “produits” des concurrents (innovations, lancements, prix…), leurs actions marketing (newsletter, campagnes publicitaires, communication sur les réseaux sociaux…) et leurs pratiques commerciales;
  5. la veille réglementaire réside dans la surveillance des nouvelles publications de textes nationaux ou internationaux relatifs à la mise sur le marché des compléments alimentaires et des denrées alimentaires.

La formule théorique

L’ensemble des informations listées dans le cahier des charges, ainsi que les recherches réalisées en amont de celui-ci, permettent alors de rédiger une formule théorique qui détaille les informations qualitatives et quantitatives du futur produit : 

  • nom et quantité des ingrédients souhaités (actifs et additifs) 
  • spécifications (origine, qualité, traçabilité des matières…). Pour les plantes, il s’agit notamment de spécifier le nom latin et la partie de la plante à sourcer, le ratio et le solvant d’extraction, les teneurs en molécules activeset les contaminants à doser,
  • le poids net d’une unité de prise,
  • le nombre d’unités par pack.

La planification et la gestion de projet

Le chef de projet planifie précisément chacune des étapes nécessaires à la mise sur le marché du produit. Pour cela, il peut utiliser des logiciels spécifiques tels que MS Project, Wrike ou Trello par exemple. Ainsi, les collaborateurs prennent connaissance des tâches qui lui sont confiées. De plus, ils s’ajustent aux délais impartis pour chacune de ses missions.

La gestion de projet permet également un suivi (voire un ajustement des actions à mener et des temps alloués). Cela permet une mise sur le marché dans les délais fixés en amont.

La faisabilité technique

Le travail de pré-projet et la complétude du cahier des charges ne suffisent pas à lancer un complément alimentaire. En effet, plusieurs modifications de formules sont généralement nécessaires pour transformer la formule théorique en formule définitive.

Une plante présentant toutes les spécificités imposées par le cahier des charges peut finalement se révéler très difficile à sourcer. La galénique initialement choisie peut rendre difficile l’intégration des dosages souhaités pour tel minéral ou telle substance à but nutritionnel. L’association de certains actifs peut se révéler instable et générer des altérations organoleptiques pour le produit fini.

Ces différents aléas, pour la plupart difficiles à anticiper, sont généralement mis en évidence au cours des phases de faisabilité : sourcing des matières premières, essais paillasse et pilote, études de stabilité, validation du process industriel. Ces étapes de mise au point technique génèrent inévitablement des modifications de formule.

Toute la subtilité de la conception consistera à prendre en charge ces imprévus par des adaptations de formule, sans trop s’éloigner des caractéristiques “produits” fixées par le brief détaillé dans le cahier des charges initial.

 

 

Qui a écrit cet article ?

Cet article a été écrit par Sandra Garcia-Bonet, consultante indépendante dans le domaine des compléments alimentaires. Partenaire du cabinet PepsWork, Sandra est diplômée en BioIngénierie (spécialité Biotechnologies végétales), Phytochimie (valorisation industrielle des substances d’origine végétale), ainsi qu’en Nutraceutique, Physiologie et Micronutriments. Passionnée par la Conception des Compléments alimentaires tout autant que par les multiples échanges humains liés à la mise en œuvre d’un projet, Sandra accompagne des start-up, TPE et PME de la Nutraceutique dans le Développement Scientifique, Technique et Réglementaire de nouveaux Compléments alimentaires. Elle collabore avec le cabinet conseil PepsWork depuis 2016.